Les principaux ingrédients utilisés dans le rouge à lèvres

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Un même tube peut renfermer un mélange inattendu : des cires naturelles côtoient des huiles synthétiques, des extraits végétaux se glissent aux côtés de composants issus de la pétrochimie. Certains colorants, parfaitement légaux pour les lèvres, restent bannis ailleurs sur le visage. La réglementation européenne impose l’affichage d’une liste d’ingrédients sur chaque emballage, mais le détail précis de la formule demeure protégé, jalousement gardé derrière le secret industriel. Et même les additifs présents à dose minime peuvent transformer la texture ou la tenue du produit.

Pourquoi s’intéresser à la composition des rouges à lèvres ?

Un rouge à lèvres va bien au-delà du simple geste couleur sur la bouche. Il s’invite sur une zone fragile, s’applique souvent chaque jour et finit, sans bruit, par être ingéré. Les universitaires de Berkeley l’ont calculé : plusieurs kilos de rouge à lèvres avalés au cours d’une existence. Face à ce constat, s’interroger sur la composition des produits semble logique, presque incontournable.

L’association UFC-Que Choisir alerte régulièrement sur la présence de substances à risque dans les rouges à lèvres. On retrouve parmi les ingrédients des perturbateurs endocriniens, parfois des traces de métaux lourds, des hydrocarbures issus de la pétrochimie. Les institutions de santé européennes et la FDA surveillent le secteur, mais aucune règle ne promet une absence totale de risques. Cette pression des consommateurs et cette exigence de transparence incitent malgré tout les marques à revoir leurs formulations.

Lorsqu’on déchiffre les compositions, les mêmes éléments interpellent souvent.

  • Des métaux lourds tels que plomb ou cadmium, traces issues de pigments utilisés ou du procédé de fabrication ;
  • Des parabènes ou du phénoxyéthanol pour la conservation du produit ;
  • Des huiles minérales et composés MOAH/MOSH, dont les effets sont discutés dans la durée.

L’origine réelle des ingrédients, leur transformation et la part cachée de chaque formule : autant de zones d’ombre qui font réagir. Selon les chercheurs universitaires et l’UFC-Que Choisir, on ne saurait traiter à la légère l’exposition à certains composés du maquillage. Formulateurs, scientifiques, consommateurs se croisent sans toujours parler la même langue, mais tous finissent par s’interroger sur la même liste d’ingrédients.

Les ingrédients incontournables : cires, huiles, pigments et au-delà

Tout commence généralement par les cires, ce socle qui donne une structure à chaque tube. La cire d’abeille (cera alba) apporte consistance, la carnauba permet au bâton de mieux tenir sous la chaleur, la candelilla allège la texture. Selon le public recherché ou l’effet voulu, la cire synthétique s’invite dans les formules, répondant aux choix vegan ou aux envies de textures inédites.

Pour glisser avec douceur et briller, le rouge à lèvres s’appuie sur des huiles et beurres. Huile de ricin, amande douce, jojoba, beurre de karité, lanoline : la palette est large, les effets aussi, du confort au rendu lumineux. La part de ces matières grasses joue sur la couvrance. On retrouve encore souvent vaseline ou huiles minérales, bien que leur origine et leur impact restent discutés.

La couleur, elle, vient des pigments : oxydes de fer pour la profondeur, dioxyde de titane pour l’opacité, carmin pour des rouges puissants, colorants synthétiques pour toutes les variations, sans rien laisser au hasard. Résultat : chaque pigment module la nuance, l’intensité, la tenue.

Enfin, la formule s’enrichit de détails qui modifient texture et conservation. On trouve du parfum ou de l’arôme alimentaire pour oublier les odeurs brutes, des antioxydants comme la vitamine E, BHA, BHT, ou des conservateurs (paraben, phénoxyéthanol). D’autres agents, mica, talc, kaolin, jouent sur le fini ou le matifiant. D’où l’utilité d’une liste INCI qui vaut bien plus qu’un simple alignement législatif.

cosmétique lèvres

Rouge à lèvres et sécurité : comment lire et comprendre les étiquettes ?

Lire la liste des ingrédients est loin d’être anecdotique. Sur un rouge à lèvres, la réglementation européenne impose un classement par ordre décroissant de concentration. Si cires et huiles dominent, il ne faut pas négliger ce qui suit. Certains composants, présents en toute petite quantité, changent tout : hydrocarbures (paraffine, microcrystalline wax, MOAH, MOSH) liés à la pétrochimie, sujets à controverse et régulièrement identifiés dans les enquêtes associatives.

Les métaux lourds comme le plomb, le cadmium, le manganèse ou l’aluminium font une apparition discrète mais réelle. Se glissant à l’état de traces dans les tubes, ils peuvent s’accumuler sur la durée dans l’organisme. Les nanoparticules, telles le dioxyde de titane ou l’oxyde de zinc, restent quant à elles surveillées par précaution pour leurs potentiels effets sur le long terme.

Pour s’y retrouver et opter pour une formule plus transparente ou considérée comme plus sûre, certains indices peuvent guider la sélection du produit lors de l’achat :

  • Cosmébio, Ecocert, Cosmos Organic : ces labels garantissent une base majoritairement biologique et limitent l’entrée de substances sujettes à polémique.
  • Vegan, cruelty-free (PETA) : ces mentions permettent d’éviter tout ingrédient d’origine animale et tout test sur les animaux.

Les agences comme la DGCCRF en France et la FDA aux États-Unis contrôlent la conformité du secteur. Mais un acheteur peut aussi surveiller la mention “sans parabènes”, “sans phénoxyéthanol” ou “sans parfum”. Un argument de poids pour les peaux sensibles ou celles et ceux qui préfèrent des listes restreintes.

Lire la liste INCI d’un rouge à lèvres, c’est choisir son camp. MOAH, MOSH, perturbateurs endocriniens, métaux lourds : chaque mot a ses conséquences. Prendre le temps de disséquer ces étiquettes, c’est décider pour soi de ce que l’on porte, de ce que l’on montre, de ce que l’on absorbe. La nuance ne se joue plus uniquement sur la teinte, mais aussi sur la formule, le regard qu’on pose dessus, et l’exigence que l’on cultive.